Descente d'estive

On est trempé·e comme pas possible : l'eau a infiltré nos vêtements dès la première minute, et il ne faudra pas longtemps avant que les couches de tissu superposées ne deviennent des amas d'éponge. Pourtant, hier, il faisait encore ciel bleu. Qui aurait pu deviner que pour la descente d'estive nous serions dans le froid et le brouillard ? Simplement équipé·es d'un K-way et de chaussures de randonnée, Manu nous accueille un matin dans sa jasserie, sans se moquer de nos airs de touristes. Après un café à peine réconfortant en vue de ce qui nous attendait, puis de la présentation de l'équipe du jour, nous sommes parti·es chercher les vaches dans les hauteurs. Dehors, on ne voit pas à plus de 10 mètres, ça caille et il pleut depuis des heures.

Le plus dur, c'est quand tu es encore sec. Une fois que tout est bien imbibé et que tout te colle à la peau, tu finis par t’y habituer. Malgré tout, on est heureux·ses d’être là. Les rires nous réchauffent. Et même si nous ne faisons qu’accompagner, il en ressort en nous quelque chose de vivant, d’organique. Manu nous a prévenu : il n'est pas là pour s'occuper de nous. Il a une vingtaine de vaches à surveiller, alors nous, on se démerde et on ne traîne pas. C'est que ça va vite un troupeau. Romain l'aide à garder le rythme à l’avant, quant à Victor, il ferme la marche avec le chien. Trois bergers, une vingtaine de vaches et cinq clampin·es. Dans une des descentes, Inès panique car les vaches se mettent à dévaler dans tous les sens. Quand quinze demi-tonnes qui s'affolent foncent sur toi, tu as deux options : soit tu te caches derrière un arbre, soit tu cours. Nous, on court. Manu et Romain tentent de les calmer en les frappant avec leurs bâtons. Arrivé·es en bas, les choses se calment, non pas sans effort pour le berger qui s'est pris un coup dans les côtes.

Lohan, Yalhma et Léo sont à l’avant et marchent d’un pas vif, avec l'inquiétude constante des bêtes à cornes qui les suivent. Alice et Inès, elles, surveillent à l'arrière qu'aucune d'entre elles ne traîne. Le reste de la descente se passe calmement, avec quelques sursauts et glissades sur les roches humides et les parterres de feuilles d’automne. Le beau temps est presque revenu. Une fois les vaches déposées dans leur nouvel environnement, on fait la remontée en voiture. Arrivé·e en jasserie, on s’empresse d’allumer un feu. Toute l’équipe est frigorifiée, moite et transpirante. Il résulte en nous la satisfaction d’être sorti de nos zones de confort. Pour certain·e d’entre nous c’était une découverte, pour d’autres, une habitude. Enfin, comme de coutume chez les Gaulois, on finira par partager un banquet bien garni, avec du patia, de l’agneau, du bœuf séché, de la fourme, du pain et de la gentiane. De quoi raviver les corps et faire parler les montagnes.

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